Léon Deubel (1879 à Belfort -1913 à Maisons-Alfort) était un poète français. Pauvre, inadapté à la vie sociale, Il se suicida en se jetant dans la Marne après avoir brûlé tous ses manuscrits. On lui doit : Le Chant des routes et des déroutes (1901), Sonnets intérieurs, Vers la vie, Poésies, Régner, Léliancolies.
Deubel est considéré comme le dernier des poètes maudits. Un portrait en buste, oeuvre du sculpteur japonais Takata, est visible à Maisons-Alfort.
Tombeau du Poète
Par les sentiers abrupts où les fauves s’engagent, Sur un pic ébloui qui monte en geyser d’or, Compagnon fabuleux de l’aigle et du condor, Le Poète nourrit sa tristesse sauvage.
A ses pieds, confondus dans un double servage, Multipliant sans cesse un formidable effort, Les Hommes, par instants, diffamaient son essor ; Mais lui voyait au loin s’allumer des rivages.
Et nativement sourd à l’injure démente, Assuré de savoir à quelle ivre Bacchante Sera livrée un jour sa dépouille meurtrie ;
Laissant la foule aux liens d’un opaque sommeil, Pour découvrir enfin l’azur de sa patrie Il reprit le chemin blasphémé du soleil !
Léon DEUBEL.
Détresse
Seigneur! Je suis sans pain, sans rêve et sans demeure. Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu, Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu Parce que je suis pâle et parce que je pleure.
Je les aime pourtant comme c’était écrit Et j’ai connu par eux que la vie est amère, Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.
Je sens, autour de moi, que les bruits sont calmés, Que les hommes sont las de leur fête éternelle. Il est bien vrai qu’ils sont sourds à ceux qui appellent. Seigneur! Pardonnez-moi s’ils ne m’ont pas aimé!
Seigneur! j’étais sans rêve et voici que la lune Ascende le ciel clair comme une route haute. Je sens que son baiser m’est une Pentecôte, Et j’ai mené ma peine aux confins de sa dune.
Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur! Et de baisers! Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède, Et sur mon banc de pierre rude se succèdent Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé.
Le vol de l’heure émigre en des infinis sombres, Le ciel plane, un pas se lève dans le silence, L’aube indique les fûts dans la forêt de l’ombre, Et c’est la Vie, énorme encor qui recommence!
J'étais ton amie, tu étais mon frère, Les yeux secs des sables des même déserts ; Tu t'appuyais sur mon épaule engourdie, Me parlant sans cesse de ton amour enfui.
Parfois une inquiétude voilait ton regard, Pourquoi nous être rencontrés si tard ? Je disais des mots doux pour apaiser tes nuits, Tu caressais ma nuque et j'étouffais mes cris ;
Les poisons mortels avaient fait leur chemin Insufflant en nos veines leurs noirs desseins. Nous fûmes deux tout en n'étant qu'un, Sur les routes, les mers, aux mille parfums,
Loin le voyage qui mène nulle part. Je voyais, sans y voir, à travers ton regard. Et puis tout s'arrêta : le bruit, les choses, Les souvenirs lancinants aux parfums de roses.
Ta main dans la mienne a cessé de trembler La pendule de ton cœur venait de s'arrêter. J'ai cessé d'avancer, à tes côtés perdus ; J'ai laissé le vent sécher ma peau nue,
Jusqu'au bout je t'ai voulu accompagner ; Et mes larmes aux tiennes mêlées Ont formé comme des nues au ciel bleu Amour, Ton ombre à la mienne, pour toujours.
Quand je regarde tes yeux, je m'évade, Tu me fais rêver, toi la femme que j'attends, C'est peut-être toi, qui saura d'un sourire, Me redonner le goût de vivre, d'aimer, Tu portes le bonheur en toi, la-bas, Je le sais, je le lis dans ton regard, Vien et partageons s'est instant merveilleux, Promis, mais jamais dis, le temps passe, Je ne sais pas, si je dois attendre, encore, T'a voix et si lointaine, que je ne l'entends, Les murmures de nos vies passer nous rattrapent, Nous étouffons, asphyxié, respirons à deux, Prend ma main et allons sur ses chemins, Marchons sans fin, vers notre destin, Ne jouons plus à faire semblant, enfin, Marchons vers l'avenir certain, ensemble, Demain sera un jour meilleur, sans pleur, Dis-moi tes peurs et tes angoisses, Je les ferais disparaître à jamais de ta mémoire, Des reflets étoilés dans tes yeux, Du bonheur à jamais dans ton coeur, De serais ton prince, sans aucun remord, Ma vie à tes pieds, je déposerais sans peur, N'ayons plus c'est noir penser, avançons, L'avenir est là, a notre porter, Mon coeur est à toi, Pour toi.